Jeudi 3 mars 2011
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09:40
Elles sont deux. Deux qui font une. Sœurs siamoises, jumelles ? Non, une mère et sa fille. Assises côte à côte, elles refont le monde. Leur
gaité est similaire, leurs mains suivent les mêmes mimiques.
La fille tient un journal dans les mains, elle le feuillette distraitement. Elle n’est pas très coiffée, ses cheveux lâchement attachés derrière la
nuque. Elle relève la tête pour commenter un article puis se plonge dans les mots-fléchés.
Madame regarde tendrement sa fille. Un regard admiratif l’accompagne. Sous son lourd manteau, on devine les réminiscences d’une mode passée.
Pourtant, d’une main agile, elle attrape son Blackberry et commence à pianoter.
Elles sont calmes, c’est le matin, elles s’accompagnent dans leur trajet connu par cœur, elles se taisent progressivement, elles s’écoutent
intérieurement.
Le ronronnement du métro est le métronome de leur relation. Chaque arrêt marqué suscite un commentaire, bien qu’elles ne lèvent plus les
yeux.
Et puis, la séparation arrive comme un déchirement irrémédiable. Mademoiselle se lève, ramasse ses affaires et saute du métro, laissant derrière
elle une mère triste face à son oisillon prenant son envol.
La fille se retourne, sur le quai, seule, elle voit le métro glisser vers l’abîme noir du tunnel. Le dernier regard sera pour elle, un regard doux et
reconnaissant.
Auprès de toi toujours.
Photo : Mlle Bé
Par Margot Berg
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Mardi 1 mars 2011
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08:00
Je suis dans le métro. Je ne regarde personne en particulier tout en posant mon regard sur chacun de mes voisins. Je ne sais pas à quelle station
il monte mais il me tire de mes rêveries.
Il est jeune sans être si jeune. Il a passé le cap de l'adolescence voire même de l'étudiant attardé. Sa barbe le vieillit mais ses traits lisses
rendent l'ensemble confus. Il pourrait avoir 25 ans comme 35 ans. Il est intemporel.
Ce sont finalement ses yeux qui m'en disent le plus : marrons clairs mais tellement clairs qu'au premier regard, je les ai crus verts. Sa patte d'oie est marquée.
Ce sont ses seules rides.
Son visage est sculpté, pas la moindre imperfection vient l'entraver. Sa barbe enveloppe son menton, continue sur les favoris, légèrement en
bataille et fini par se mêler aux cheveux bruns. Le tout est soigneusement stylisé pour paraître négligé.
Sur un jean de travail, assez banal, il porte des chaussures de villes vernies. Elles contrastent avec son blouson râpé en cuir et s'accordent davantage avec sa
serviette en cuir et son petit sac Longchamp. Il fait partie de ces hommes qui attachent vaguement de l'importance à leur aspect tout en s'habillant correctement.
Il fait mûr, il n'est pas si jeune. Il regarde dans le vide, perdu, comme beaucoup d'entre nous, dans ses pensées. Il n'écoute pas de musique, ne
tripote pas son téléphone. Il se détache du lot.
Je regarde ses mains : il porte une alliance à moins que ce ne soit un autre subterfuge de djeun's : porter une bague à la main gauche pour faire genre.
Il descend à Invalides, là aussi, ça pourrait faire genre "j'habite dans le 7e". Ou pas !
Photo : Yo#2, Grégory Tonon
Par Margot Berg
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Dimanche 27 février 2011
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12:00
Ils sont un paquet à s’amasser sur le quai du métro en cette fin d’après midi. Ils sont faciles à reconnaître : baskets, sac à dos, appareil photo, guide touristique… Vous
avez deviné, il s’agit des touristes visitant Paris.
Il est toujours amusant de s’attarder sur leur profil. En regardant leur façon de s’habiller, on peut reconnaître leur
origine. Mais qu’importe, celui qui m’intéresse ce soir est ce géant blond au bout du quai.
Au premier abord, je ne suis pas sûre que ce soit un touriste. Et pourtant, l’instinct ne me trompe pas. C’est un
fashion tourist ! Il porte un blouson à la mode, en matière plastique brillante, de couleur rose tirant vers le violet – oups pardon – vers le purple, c’est plus
tendance !
Son pantalon slim noir remonte doucement sur des bottines façon Doc Martins mais sûrement d’une autre
marque plus hype. Le cheveu filasse est méché sur le devant et Monsieur, d’âge mûr, n’a pas l’air de se sentir ridicule pour deux sous...
Tant mieux ! En m’approchant, je reconnais le néerlandais susurré à l’oreille de sa compagne habillée très classe. A
le voir à son bras, il me paraît fringué comme l’as de pique. Et puis, le métro arrive et ils s’engouffrent, le jour et la nuit ensemble.
Par Margot Berg
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